dimanche 26 juillet 2015

Bisses et papillons

Toutes les saisons conviennent pour des balades le long des bisses en Valais. Toutefois, il vaut mieux éviter la saison froide, car ils sont souvent à sec, leur fonction première étant l'irrigation des prés.

Par cette canicule de juillet 2015, une promenade de quelques heures le long de ces cours d'eau improbables présente plusieurs avantages. Tout d'abord le dénivelé très faible offre des marches tranquilles dans les deux directions. Ensuite, le chemin qui suit les bisses est souvent ombragé et frais du fait de la présence de l'eau. Avantage qui en découle pour les propriétaires de chiens: pas besoin d'emmener de l'eau. Et le plus souvent ces quadrupèdes marchent directement dans le bisse. Enfin, tout est généralement très bien entretenu par des préposés chargés de veiller au bon fonctionnement des écoulements. Ces personnes sont souvent responsables d'une portion du cours d'eau; en effet, certains bisses comme le grand bisse de Lens ont une longueur qui dépasse les quinze kilomètres. Leur tâche est d'enlever les objets (branches, feuilles, etc) qui pourraient gêner l'écoulement. Ils doivent également s'occuper des nombreuses vannes permettant de dévier partiellement l'eau en vue d'un partage équitable pour les propriétaires de terrains.

Certains bisses sont vraiment vertigineux et les promeneurs marchent parfois sur de simples planches suspendues au-dessus de profonds précipices. Il arrive que sur certaines portions l'eau soit canalisée entre des planches en "U", directement accrochées à la paroi à pic. La construction des bisses a coûté la vie à de nombreuses personnes, très souvent des prisonniers.

Les bisses, comme d'autres catégories de paysages, cohabitent mal avec la photographie, dans ce sens que des scènes paraissant idylliques au regard ne rendent souvent rien en photo. On s'y habitue et, à moins de trouver des configurations ou des plans particuliers, il est souvent sage de s'abstenir de déclencher.


Les bisses


Voici quelques images montrant la diversité des bisses, de leur environnement et des chemins qui les bordent.

Une portion tranquille et ensoleillée avec un chemin plat:







































Passage plus escarpé, taillé dans la roche:



Un peu plus ombragé:








































Bisse du Rô. Passages plutôt vertigineux:




Bisse du Rô. Portion "modernisée" avec muret en béton et passage sécurisé:



































Bisse du Rô. On imagine la difficulté de construction:








































Passage peu modifié par rapport à l'époque de la construction du bisse:








































La photo suivante montre un mécanisme pouvant sembler ludique et sans utilité. En réalité, il n'était pas rare de rencontrer ce genre de constructions, constituées d'une roue entraînée par l'eau, dont l'axe soulève périodiquement un marteau qui retombe sur un bloc de bois en faisant un bruit relativement fort. L'intérêt de ce mécanisme était de veiller au bon fonctionnement du bisse. Le préposé à l'entretien du bisse pouvait, à distance et simplement en écoutant, savoir si l'eau circulait toujours dans le bisse. De plus la fréquence des coups lui indiquait le débit.




Voici une intersection de bisses, avec la possibilité de déverser l'eau de l'un dans l'autre et vice versa, à l'aide de vannes métalliques:






























Papillons


Ce jour-là, nous avons rejoint le Grand bisse de Lens dans sa partie inférieure, par un chemin qui arrivait de plus haut. La chaleur étouffante et la période de l'année étaient propices à l'observation d'une grande variété de papillons. L'inconvénient est que ces braves bêtes se trouvaient uniquement sur les portions ensoleillées.

Voici donc quelques-uns des papillons rencontrés, dont j'ignore malheureusement les noms.
  

Une photo ratée, au moment où le papillon prenait son envol, a pris de l'intérêt, car elle montre le mouvement de ses ailes:




























Sur cette photo, les couleurs m'ont attiré, ainsi que le fait de ne pas comprendre au premier abord comment est placé le papillon.







































Le papillon suivant n'est pas d'une extrême beauté; couleurs peu contrastées, poilu et peu souriant. J'ai trouvé que ce n'était pas une raison pour l'ignorer.



























Ce papillon d'un blanc légèrement bleuté présente une structure intéressante au niveau des ailes. Les poils près du corps sont remplacés par des écailles au fur et à mesure que l'on se déplace vers les ailes. On retrouve ensuite des poils aux extrémités de celles-ci.




























Voici un papillon de la même famille. Ce qui m'a intéressé est le graphisme des ailes quasiment fermées.



























Ce papillon présente d'autres caractéristiques intéressantes au niveau du découpage des formes dessinées sur ses ailes.







































A force de poursuivre les papillons, même au bout d'une heure seulement, quelques caractéristiques se dégagent.

D'abord, tous ne volent pas de la même façon. D'une manière générale, je trouve que leur vol défie les lois de l'aérodynamique (même et surtout lorsqu'ils évoluent sous la pluie). Comment un papillon peut-il se poser avec précision sur une fleur avec une trajectoire aussi saccadée. Pour moi, cela reste un grand mystère. Alors que certains montent et descendent avec le même style, d'autres descendent en se laissant "tomber", ailes écartées, et sans les bouger. Ils planent verticalement.

Autre constatation: ils ont de la suite dans les idées et surtout de la mémoire. Si on les perturbe à plusieurs reprises lorsqu'ils se posent sur une fleur, ils reviennent systématiquement au même endroit tant qu'ils n'ont pas terminé leur travail.

Leur comportement diffère également d'une espèce à l'autre. Certains se posent facilement, alors que d'autres tournent plusieurs minutes autour de leur cible avant d'y atterrir.

Lorsqu'on s'approche à moins d'un mètre d'un papillon immobile, généralement il s'envole et la photo avec. J'étais content d'avoir un bon zoom et un capteur haute résolution. Toutes ces photos ont été prises à une distance comprise entre 40 centimètres et un mètre, puis recadrées pour  garder uniquement quelques pourcents de la surface d'origine.


Au bout d'une heure à les poursuivre sous un soleil pesant, je me suis arrêté. J'ai alors remarqué qu'ils venaient d'eux-mêmes et sans crainte autour de moi. En fait, la crainte n'y est certainement pour rien. Simplement, ne voyant rien bouger, ils n'étaient pas gênés et se comportaient plus naturellement.



jeudi 25 juin 2015

Composition

A trop analyser certaines photos, on en arrive parfois à leur attribuer des qualités dont leur auteur lui-même n'est pas conscient. Il faut dire également que les photographes de renom savent "composer" une photo, rechercher des points dominants, des lignes, des mouvements suggérés. Certains de manière innée et improvisée, d'autres par un travail de patience.

Il vaut la peine de s'intéresser aux photos qui ont marqué l'histoire, au sens artistique s'entend, car leur impact est rarement dû au hasard. Comme je le disais dans un autre article, la photographie est un art, un art accessible au plus grand nombre certes, mais un art à part entière. L'expérience, le travail et le génie intrinsèque de certains photographes conduisent à des résultats qui n'ont pas grand-chose à envier à des peintres, sculpteurs ou musiciens reconnus.

J'aime les photos qui ne révèlent pas tout de suite leur contenu. Il est toujours intéressant, voire valorisant, de chercher, de suivre des indices, de repérer, de découvrir des détails ou des liens dans une image. Une photo peut être esthétiquement et artistiquement réussie lorsqu'on se dit au premier coup d'œil: "génial !". Même sans savoir pourquoi. D'ailleurs, il n'y a pas toujours de réponse à ce pourquoi.

Certaines fois, ce n'est pas immédiatement que l'on aime une photo. Il faut l'analyser, la décortiquer, essayer de comprendre plus que ce que révèle une première impression.

Parmi les bonnes photos on trouve celles dont on perçoit les qualités de la composition, des détails sous-jacents, des intentions du photographe. Mais il ne faut pas oublier celles dont la qualité perçue passe directement par le subconscient. On ne sait pas pourquoi, mais on aime. Parfois, même après un temps d'observation, les explications tardent à faire surface. Dans ce cas, il est certainement plus sage de s'en remettre à son instinct.

En photographie, il existe des règles de bienséance, des tendances, voire des contraintes, comme peuvent le ressentir certains. La règle des tiers, les diagonales, les lignes de force, la netteté, les contrastes en sont des exemples. Il semble que le grand art réside dans le fait de transgresser ces règles, mais seulement pour de bonnes raisons. Il n'est donc pas rare qu'une photo soit admirée de tous, bien qu'elle ne respecte aucun "standard".

Une bonne photo reste une bonne photo, qu'on la ressente seulement ou que l'on parvienne à l'analyser finement, c'est finalement le spectateur qui est juge.

Afin d'illustrer ces propos voyons quelques exemples. J'ai choisi des photos qui ne sont pas forcément très réussies, mais elles montrent l'intention mise en œuvre.

Sur la première, la composition est basée sur les regards, et les directions dans lesquelles ils sont orientés.




























Le point de départ est le petit Calvin (Calvin Klein en quelque sorte), en haut à gauche, qui sert de logo à la bière locale Calvinus. Jean Calvin étant le grand réformateur que l'on connaît, protestant, stricte, et certainement opposé à toute promotion de boissons alcoolisées, source potentielle de débauche. Il regarde le barman, de manière rigide et réprobatrice. Ce dernier semble admirer la jeune fille sur la terrasse qui, elle-même, contemple sa chope de bière. Un intrus (involontaire celui-là), qui pourrait être le "voyeur", observe le barman avec un air intrigué ou envieux.

Si on trace les directions des regards, on obtient le schéma suivant:


























On peut ne pas avoir remarqué cet alignement de regards. Comme je le disais, la photo est banale, mais l'intention l'est un peu moins.


Le second exemple est le suivant:







































Une personne consulte son portable, à une dizaine de mètres du mur latéral de la cathédrale Saint-Pierre (à Genève). Lorsque j'ai vu la position dans laquelle se tenait cet homme, j'ai tout de suite pensé "photo" et le contraste entre les lignes orthogonales de l'édifice et celles sinueuses de cette personne m'a donné envie de déclencher. Sur l'image suivante, la courbure dessinée par le dos de cette personne est mise en évidence:







































Là encore, la photo ne présente pas vraiment d'originalité, hormis justement cette ligne directrice qui s'oppose à la géométrie de l'arrière-plan.

La "vision" du photographe consiste également à repérer des formes, des couleurs, des contrastes, des caractéristiques remarquables (au sens premier du terme) et à les transposer sur une photo. Ce n'est certainement pas un gage de qualité, mais cela peut y contribuer.







mercredi 3 juin 2015

Oeil de photographe

On parle de doigts de pianiste, de précision d'horloger, de souplesse d'acrobate, mais qu'en est-il des photographes ? Ont-ils développé des facultés inhérentes à leur métier ? Seraient-ils doués d'on ne sait quel pouvoir surnaturel ? A l'heure où tout un chacun fait quotidiennement des dizaines de photos, pourquoi reconnaît-on et différencie-t-on assez rapidement une photo captée par un photographe de celle faite par monsieur tout le monde ? Il est possible de répondre à cette question.

Une réponse simple, et donc peu satisfaisante, est de dire que dans tous les métiers manuels ou artistiques, l'expérience est primordiale. Or, qui dit expérience, dit long temps d'apprentissage, peu compressible, durant lequel l'expertise s'acquiert plus par un phénomène osmotique que par une simple recette de cuisine. C'est pourquoi connaître tous les signes de l'alphabet ne fait pas de vous un poète, et acheter les meilleurs pinceaux et la peinture la plus réputée ne vous transforme pas en Picasso. De la même manière, en photographie, la connaissance de la technique seule, même accompagnée du meilleur appareil ne donne aucune garantie d'un résultat de qualité

Un photographe connu expliquait lors d'une conférence: "J'ai un appareil relativement peu sophistiqué et qui me convient parfaitement. Mais lorsque je rencontre des clients potentiels, j'ai toujours avec moi le dernier des réflex à la mode; sinon, je ne suis pas crédible". D'ailleurs, si vous avez, parmi vos amis, un bon photographe, prêtez-lui pour quelques minutes votre smartphone ou votre compact à 100 euros. Vous serez stupéfait par les résultats qu'il obtiendra. Ce genre d'expérience à la particularité de remettre les pendules à l'heure. Oui, photographe, c'est un métier.

Etant, entre autres, informaticien et photographe amateur, je suis certainement tombé sur les activités parmi les plus galvaudées. La plupart des personnes que je rencontre disent qu'elles "font de l'informatique". Il faut comprendre qu'elles "utilisent l'informatique". Oui, mais la limite devient floue, car beaucoup bricolent, essaient, suivent quelques tutoriels ou autres formations magiques sur le sujet, obtiennent même parfois des résultats, sans toutefois avoir la connaissance de ce qu'ils font, dans le sens de l'"avoir étudié", comme on apprend un métier. J'ai même autour de moi plusieurs personne qui, non seulement se disent informaticiennes, mais qui souvent travaillent dans le domaine de l'informatique. Or, une écrasante majorité d'entre elles n'a jamais étudié l'informatique.

Il en va de même pour la photo, avec l'avènement des téléphones portables multifonctions qui y a grandement contribué. Tout un chacun est capable de faire des photos. Mais, est-il photographe pour autant ? Attention, je ne conteste pas à toutes ces personnes le droit de faire des photos, de l'informatique, de la musique, de la réflexologie, de la cuisine moléculaire, de la numérologie quantique ou autre activité à la mode. Bien sûr, actuellement toutes les disciplines sont ouvertes au plus grand nombre et c'est très bien.

Je dis seulement que parfois j'aurais eu envie d'être chirurgien. Je n'ai jamais entendu quelqu'un, dans la rue, dire "je fais de la chirurgie"; en n'ayant pas suivi d'études de médecine, bien sûr. Les métiers peuvent donc se classer en deux catégories. Ceux qui sont exercés uniquement par les professionnels: pilote de ligne, dentiste, ténor, microbiologistes, etc. Et ceux correspondant à des activités que tous peuvent pratiquer: informatique, photo, peinture, sport, etc. Il n'y a pourtant pas autant de différence qu'on pense dans la hiérarchie des valeurs des divers métiers. Un excellent cuisinier a peut-être autant appris qu'un cardiologue ou qu'un danseur.

Mais nous nous égarons. Quel est le point commun à tous les photographes ? C'est simplement la manière de voir, au sens général donc; pas uniquement la manière de regarder. Par extension, un photographe ne voit pas le monde (d'un point de vue optique s'entend) comme les autres personnes. Au début, c'est curieux, et amusant même, de se surprendre à ne pas voir comme les autres. Le regard est sans cesse en train de scruter, viser, cadrer, filtrer. On regarde une voiture et on voit des courbes de Bézier, on observe une fleur et on raisonne en profondeur de champ, on marche dans un couloir et on imagine les points de fuite.

Ensuite, ce mode de vision s'installe et on n'y prête plus attention. C'est seulement une couche en plus, une sorte de calque supplémentaire qui n'entrave pas la vie courante. A la longue cela peut tout de même, chez certains, devenir gênant lorsque ce filtre ne peut plus être occulté et qu'il empiète sur ce que l'œil voit, c'est-à-dire la réalité, sans analyse technique ou colorimétrique. Seulement des impressions habituelles; simplement la vue.

Heureusement, il est possible, avec un peu d'entraînement, de permuter volontairement entre deux modes de vision: l'œil du photographe et l'œil "normal". Parfois un mode tente de s'immiscer dans l'autre et la sensation est alors déroutante. La sagesse voudrait que l'on considère cette nouvelle vision non pas comme une contrainte ou un désagrément, mais comme un exercice mental qui contribue à maintenir le cerveau en bonne forme.

J'ose à peine y penser, mais on pourrait imaginer une personne ayant une vision en mode Photoshop. Elle aurait, en temps réel, la possibilité d'effectuer la plupart des traitements qu'offre ce logiciel, sur les images captées par ses yeux. Cela impliquerait la vision en noir et blanc, le détourage des objets, le réglage du flou et bien d'autres paramètres. Il se pourrait d'ailleurs qu'un tel individu existe déjà quelque part; une sorte de savant autiste orienté images.

Tous les photographes sont à différents degrés doués de cette faculté.

Afin d'illustrer ces propos, voyons ce que nous propose cette photo en noir et orange. Le samedi 2 mai 2015 à 10h38 j'étais assis à la terrasse d'un café, à Carouge, dans la périphérie de Genève. Je parlais avec des amis lorsqu'une dame pose un cabas sur la table d'à côté. De manière inconsciente, mon œil a capté quelque chose. Je ne savais pas encore quoi, mais ce quelque chose a interrompu ma conversation. J'ai regardé plus précisément et j'ai compris. Un sujet de photo avait surgi. J'ai déclenché, pas forcément dans les meilleures conditions.

Quelque années auparavant j'aurais simplement ignoré ce cabas posé sur le côté et dont on voit le dessous, servant de fond à une tasse de café. Totalement inintéressant, aurais-je pensé. Mais là, j'ai cliqué; puis, légèrement recadré la photo, les couleurs étaient déjà bonnes.


Si on analyse cette photo, on peut y voir un simple rabat orange et une tasse de café sur fond noir. Moi, je lui trouve un peu plus d'intérêt. Je vois le profil d'une montagne noire, au moment du coucher de soleil. Le rabat noir peut également faire penser au masque de Batman. Sur la gauche, le pli vertical, qui n'est autre qu'une arrête du fond du sac, donne du relief à une sorte de diamant en forme de losange. La tasse de café vient probablement de se faire remplir par le haut; justement par ce triangle orange qui pourrait être un filtre à café Melita. Seule une fraction de la tasse est montrée, ce qui suffit à la définir. Je vois dans cette photo trois caractéristiques qui me tiennent à cœur: un contraste de couleurs, un aspect géométrique et des formes rappelant des symboles conventionnels. De quoi faire fonctionner l'imagination.






















L'essentiel est de voir, mais de bien voir. Et surtout d'être curieux.



mercredi 27 mai 2015

Fleurs

Le weekend dernier, j'ai décidé de m'attaquer au vivant, mais au vivant bucolique. Oui, des fleurs. Alors balade en montagne, sur un alpage de Crans avec deux chiens qui ont un rapport de poids de 20:1. Inutile de préciser qu'il n'était pas aisé de faire des photos. J'ai tout de même testé les photos de fleurs en gros plan.

Une des règles à respecter pour photographier cette forme de vie sédentaire et colorée est de se mettre à sa hauteur, à tous les sens du terme. D'abord physiquement. Un végétal de petite taille ne devrait pas être photographié de haut. J'ai donc expérimenté "se mettre à plat ventre", "ramper", "braver les fourmis". Heureusement le soleil était de la partie.

Lorsque l'on se trouve au ras des pâquerettes, et de plus avec des fleurs en très gros plan, on tend à se projeter dans ce microcosme. On observe des insectes minuscules, des toiles d'araignées invisibles depuis la station debout. Le point de vue est totalement différent, à tel point qu'après s'être relevé, on se sent chancelant. C'est à peine si un léger vertige se manifeste.

Une centaine de photos et une heure de demie plus tard, retour au bercail et débriefing entre moi et mon appareil de photo. On ne photographie pas une fleur comme on le fait pour un portrait ou pour un paysage. Il y a beaucoup de manières de s'attaquer à la végétation. J'ai fait plusieurs essais notamment de profondeur de champ. Un choix de paramètres s'est imposé. Il est personnel, il me convient pour l'instant et se résume en quelques points:
  • Se rapprocher du sujet de manière à bien l'isoler de son environnement
  • Éviter de photographier plusieurs fleurs. Une seule suffit (sauf exceptions)
  • Utiliser appel à une grande ouverture
  •  Avoir un fond relativement uniforme et n'attirant pas le regard




 J'ai commencé avec un objectif zoom 28-300mm. Bien que pratique pour le cadrage, j'ai décidé de mettre à contribution mon 105mm 1:2,8 Macro. Un zoom est d'abord inutile puisqu'il est facile de se rapprocher ou de s'éloigner du sujet. Ensuite, généralement un zoom est moins lumineux. Enfin, un objectif macro avec un bon piqué est certainement préférable.


Une grande ouverture est indispensable si on veut obtenir une faible profondeur de champ; ce qui est mon cas. Dans une première approche j'ai testé plusieurs ouvertures, car, à des distances de trente à quarante centimètres, la profondeur de champ peut être de quelques millimètres seulement. En fonction de l'effet désiré et de l'"épaisseur" de la fleur les valeurs utilisées se situent entre f2,8 et f11 environ.


Dans beaucoup de cas, mais cela reste du domaine du subjectif, le résultat est meilleur si une partie du sujet est floue. Afin de l'illustrer, voici une première photo (un salsifis des prés) sur laquelle la fleur est quasiment entièrement nette, prise à f13:



























Voici maintenant la même photo prise à f4,5:



























Une grande majorité des gens consultés préfère la seconde version.

Pourquoi ne pas photographier des groupes de fleurs, mais les saisir de manière isolée ? Encore une fois la profondeur de champ réduite à ces courtes distances le suggère. Bien entendu, il peut être intéressant parfois d'avoir un ou plusieurs congénères flous dans le fond, ou de créer une composition originale avec plusieurs individus. J'ai décidé de me limiter à une fleur par photo.

Pourquoi un fond relativement uniforme ? Là encore, le flou de l'objectif crée un fond très diffus et estompé. Dans certains cas, il est intéressant de faire intervenir des variations de formes ou de couleurs comme toile de fond. Je n'ai pas de préférence à ce sujet.

Passons à quelques photos et commençons par des iris. Tout d'abord un gros plan, de "profil", sur lequel on distingue les zébrures des pétales, ainsi que les chaînes de barbillons:





Un pétale de face:



Une vue d'ensemble de la fleur:





Un autre spécimen, volontairement décentré:



Une dernière lampée d'iris, avec la langue pendante et un fond plus "animé":



























Poursuivons par des ancolies. Elles existent en de nombreuses couleurs. D'abord du bleu-ciel. Je les ai placées sur un même plan. Eh oui, elles sont deux:




Une autre, plus foncée:



























Une composition de profil avec un volet de chalet comme fond, d'où cette couleur ocre. A droite on pourrait croire à des chauves-souris suspendues:




Pour terminer, quelques fleurs dont je n'ai pas (plus) le nom en tête; je débute.




Sans doute un reste de fleur:



























De minuscules fleurs:



























Une robe de danseuse espagnole, avec un maximum de flou:





























mercredi 20 mai 2015

Souffleur de verre

Le 27 mars 2015 j'apprends l'existence des "journées européennes des métiers d'art". Je cherche le programme sur internet et je tombe sur un atelier de soufflage de verre qui ouvre ses portes à qui veut voir de plus près en quoi consiste le métier de souffleur de verre. Comme il fait beau, une petite balade en moto me changera les idées. A tout hasard, je prends mon appareil de photo. En réalité, ce n'est pas par hasard, car je l'ai très souvent avec moi.

Bref, je me rends à l'adresse indiquée, au Petit-Lancy, dans la périphérie de Genève. Heureusement que Joël Rey, LE souffleur de verre que je viens voir, avait fléché l'accès. Après quelques portes et couloirs, descente dans un sous-sol ressemblant à un abri antiatomique, me voilà dans l'atelier. Il faut préciser qu'en Suisse une bonne partie des activités culturelles, et plus généralement de création, se passe dans les sous-sols. Ce peuple troglodyte craignant les radiations a tiré parti de ces endroits cachés, au décor spartiate et militaire, pour créer en paix.

Du verre partout ! Du tubes en verre, des ampoules de toutes formes attendant une seule chose, qu'on les fasse fondre. Le local était envahi de jeunes enfants, curieux et fébriles à l'idée qu'ils pourront, à tour de rôle, créer un petit objet souvenir. Pendant que Joël Rey explique aux enfants comment tenir leur "morceau" de verre au-dessus de la flamme afin de créer une tête de bonhomme, un canard ou une planche à voile, je sors mon appareil de photo et je fais quelques photos.

Je dois avouer que je pensais impossible de réussir une bonne photo, sans trépied, éclairage sous forme de deux néons blafards, un attroupement d'enfants grouillant physiquement et vocalement. J'ai tout de même essayé.

Entre deux  candidats au baptême du feu, je pose des questions à Joël Rey. Quel verre utilise-t-il ? Quel est l'équipement minimal pour souffler du verre ? Faut-il une installation spéciale ? Tout un chacun peut-il en faire dans sa cave ? Pourquoi faut-il un four ? Et bien d'autres encore. Sur le moment, j'aurais pu directement commander tout le matériel nécessaire. Maintenant, j'ai un peu oublié.

J'ai tout de même retenu qu'il est préférable de disposer de trois sources de "gaz": du gaz de ville, de l'oxygène (mélangé en plus ou moins grande quantité au gaz de ville pour obtenir une flamme plus homogène) et de l'air comprimé afin de donner plus de souffle à la flamme. Le chalumeau permet de régler la quantité de chacun de ces composants.

Le verre utilisé est du verre borosilicate, qui supporte de hautes températures. Il existe une grande variétés de matériel pour souffler du verre, mais il suffit d'un local sans équipement spécial. Un four est indispensable pour recuire les objets créés. Son prix n'est pas négligeable et augmente proportionnellement à ses dimensions (logique!).

Joël Rey était, au départ, souffleur de verre dans la fabrication d''instruments scientifiques de verrerie: ampoules, serpentins, etc. Il s'est ensuite orienté vers un travail plus artistique. Il expose régulièrement ses œuvres et on peut en avoir un aperçu sur son site (au nom enviable) www.verre.ch.
Je lui ai envoyé les quelques photos que j'ai faites dans son atelier. L'une d'entre elles se trouve sur son site. J'ai promis de retourner le voir avec un peu plus de temps à disposition, afin de poser encore quelques questions et dans l'espoir de faire des photos plus abouties.

Voici d'abord des photos avec une flamme à forte pression:



























La photo suivante montre plus en détail la flamme:




























Une vue de la flamme et du verre chauffé:




























Les reflets des couleurs et des formes dans le verre sont fascinants de limpidité:




Sur cette photo, la pression est beaucoup plus basse et la flamme s'enroule littéralement autour du verre:


























J'espère retourner bientôt dans cet atelier et faire d'autres photos, plus variés.



mardi 12 mai 2015

Photos insolites

Parmi toutes les photos qu'un photographe capte, certaines sont étonnantes, le plus souvent de manière involontaire. Pour ma part, j'en ai exhumé quelques-unes, parfois des tréfonds du passé.

La première date approximativement de 1974. Elle se passe dans la banlieue de Milan, lors d'une fête organisée par monsieur et madame Ferrari (madame est à gauche). Un invité ouvre une bouteille de champagne. Je n'ai pas le choix, flash automatique. Et voilà, mousse figée, ainsi que la grimace de Gianni. Les Ferrari étaient de riches industriels du nord de l'Italie, mais néanmoins très généreux et sympathiques. Pour l'époque, les moyens qu'ils attribuaient aux préparatifs de leurs réceptions m'impressionnaient. Comment me suis-je retrouvé là ? Mystère.





























La photo suivante, est purement le fruit du hasard. Le 10 novembre 2013 je me promène au bord du Léman. Le temps est maussade. Je suis un groupe de mouettes en vol et je déclenche. La photo est mauvaise. Mais, de retour à la maison, en zoomant quelque peu j'ai remarqué un jet qui sort de l'arrière de la mouette. Immédiatement une phrase m'est venue:

"Les mouettes aussi peuvent manger et pisser"

Sans un D800, je n'aurais certainement jamais remarqué ce détail.





























En décembre 2014, c'est une cheminée qui m'intrigue. Sur le moment, c'est uniquement la composition avec la fenêtre et la cheminée qui m'attire. Après coup, j'ai bien dû admettre que j'ai photographié un petit bonhomme Duplo.




En octobre 2011, en visite chez une amie à Padoue, je tombe sur cet alignement de scooters, dont un seul n'est pas noir. J'ai donc intitulé cette image "Provocation".
















Pour revenir aux mouettes, voici ce que je découvre dans la rade de Genève, le 24 décembre 2012. Evidemment le titre est "Anticonformiste".






























Au marché de Sion, en avril 2014, j'ai pris une série de photos à l'aveugle, dont celle-ci. J'ai moi-même mis un moment pour comprendre ce que j'avais réellement photographié. 
































Je reviendrai certainement bientôt avec d'autres photos insolites.


Reflets (2)

Pour cette deuxième partie consacrée aux reflets, nous partons vers des lacs du canton du Valais. Cette région comporte des lacs de plaine et un grand nombre de lacs d'altitude. Pour commencer, nous nous dirigeons vers le lac du Louché, retenue d'eau créée il y a certainement plus d'un siècle dans le petit village de Lens. A ne pas confondre avec un autre lac du Louché, également valaisan, mais situé dans le val d'Hérens.

C'est au bord du lac du Louché que s'est construite dès 2010 la Fondation Pierre Arnaud. Elle se situe au bord du lac et sa façade principale est entièrement constituée de panneaux solaires semi-transparents, intégrant des jeux de lumières. C'est probablement une des seules formes d'architecture moderne qui ne gâche pas le paysage. Cet immense miroir réfléchit des images diverses, en fonction des saisons et des heures de la journée.

Je me suis, bien sûr, intéressé aux reflets de cette paroi vitrée dans l'eau du lac dès la construction de l'édifice. La première photo représente les colonnades de panneaux qui donnent chacune une teinte différente de ses voisines. Comme on l'aura compris, il s'agit en fait d'une double réflexion. On y voit le reflet dans l'eau de la paroi du bâtiment qui, elle-même, donne l'image des espaces et constructions situés en face. C'est en quelque sort une manière indirecte de représenter le décor qui se trouve dos au photographe. La largeur du champ couvert par la photo est de trente à quarante mètres.











En voici un détail qui, pivoté de 90 degrés, donne une tout autre interprétation. Strates minérales ou visualisation d'un signal électronique ?

























Toujours autour de ce lac, en cherchant un peu, on trouve des reflets plus détaillés, comme ces flammes horizontales.





























La photo suivante a été prise au bord du lac des Miriouges, situé en dessous de Crans, à 1333 mètres d'altitude. Il s'agit également d'une réserve d'eau destinée à l'irrigation des champs. C'est une de mes préférées. Les couleurs m'ont d'abord attiré, puis les formes improbables. Ce n'est qu'après un moment que j'ai aperçu de la végétation, sortes de feuilles d'algues vue en transparence. Comme je l'ai déjà dit, le fait d'avoir sur la même photo une image réfléchie et une image en transparence est une caractéristique intéressante de cette technique. Cette photo remonte à 2013 et, sans GPS ou notes manuscrites, il ne m'est plus possible de dire quel était l'objet reflété.


























Lunette 2D



vendredi 8 mai 2015

La petite maison

Le jeudi premier janvier 2015 était sans doute un bon jour. Lendemain de fête.

En Valais, du côté de Lens, entre Sierre et Crans, il fait toujours bon se promener. On y découvre mille sujets intéressants; moments propices pour la photographie. C'était important de bien commencer l'année. Nous sommes partis vers dix heures, ma femme, moi et notre fidèle et infatigable quadrupède, pour une balade le long d'un des multiples bisses qui sillonnent la région, et tout le canton d'ailleurs.

Les promenades le long des bisses offrent plusieurs avantages. Le premier, non négligeable pour moi, est que le sentier qui borde ces "mini cours d'eau forcés" est en pente douce, écoulement oblige. Par moment on se demande même si on monte ou si on descend. Ce jour-là, ce sera le Grand Bisse de Lens. Appelé ainsi parce qu'il contourne le mont Châtelard et donc la petite commune de Lens. Sa longueur atteint environ 14 kilomètres, mais nous en parcourons habituellement seulement une petite longueur, car dans sa partie supérieure, certains passages effraient quelque peu notre intrépide labrador. L'autre avantage la concerne justement; cette peluche noire à quatre pattes adore l'eau et marche dedans la plupart du temps. Enfin, les arbres qui bordent le chemin, le plus souvent des conifères, protègent des grosses chaleurs estivales et dans une moindre mesure des chutes de neige durant l'hiver.

Une multitude d'espèces, végétales et animales, se partagent le territoire. Mais en ce froid jeudi de janvier, les sujets d'intérêt pour un photographe restent la neige et les paysages.
Partis en fin de matinée de Lens, nous allons remonter le long du bisse. Nous arrivons après deux ou trois kilomètres, à l'endroit où il fait un coude, et remonte dans la vallée de la Lienne. De là, on a une vue exceptionnelle de la vallée du Rhône. Sur la gauche (vers l'est) on peut apercevoir les grandes antennes paraboliques de Loèche. Sur la droite, on peut suivre le Rhône du regard, de Sierre à Martigny, en passant par Sion.

Nous sommes montés de quelques centaines de mètres au-dessus de ce point d'observation pour arriver sur une arrête depuis laquelle mon regard a tout de suite été attiré, au loin, par des vignes enneigées. En observant mieux, j'ai aperçu une toute petite maison jaune orange qui paraissait perdue au milieu d'un décor très géométrique. Probablement une maison de vigneron. 

Il était 12h30, la maison se trouvait à deux kilomètres à vol d'oiseau. Recherche d'une trouée dans les branchages, zoom au maximum et déclenchement. A l'œil nu, on pouvait voir la maison, mais de manière imprécise. C'est seulement en visionnant la photo, une fois rentré au chalet, que je l'ai examinée plus en détail. Étonnante petite maison, semblant tombée du ciel dans ce quadrillage improbable.

Voici cette photo, qui a été classée première de la catégorie "Paysages" au concours annuel de la SGP (Société Genevoise de Photographie) en février 2015.














La petite maison

Afin de situer un peu mieux l'endroit, voici une vue de la région. On y voit, en haut à gauche, une marque indiquant la position de la maison, ainsi que l'endroit de la prise de vue.











Plan de situation


Pour terminer l'histoire de la petite maison, voici un lien vers une émission de radio qui parle du Grand Bisse de Lens.